Anti-M

Auteurs : Dre Gwen Clarke, FRCPC; Dre Jacqueline Côté, MLT; et Dre Debra Lane, FRCPC
Date de publication : août 2017, Mis à jour le 25 septembre 2018

Contexte

L’anti-M est un anticorps dirigé contre l’antigène M, un antigène du système de groupes sanguins MNS. Cet antigène est porté par la glycophorine A, une glycoprotéine que l’on retrouve à la surface des globules rouges.

L’anti-M peut être présent naturellement dans l’organisme ou être le produit d’une réaction immunitaire due à une exposition à des globules rouges étrangers à la suite d’une transfusion ou d’une grossesse. Quel que soit le cas, il s’agit principalement d’un anticorps de classe IgM associé avec une portion de classe IgG et qui apparaît souvent en même temps que d’autres anticorps. Lorsque l’on trouve un « nouvel » anti-M chez une femme enceinte, il n’est pas rare que le bébé soit M négatif à la naissance, ce qui constitue la preuve par présomption que l’anti‑M détecté dans le plasma de la mère ne découle pas d’une réponse immunitaire, mais est présent naturellement.

En médecine transfusionnelle, l’anti-M est considéré comme étant cliniquement négligeable pour la plupart des patients, car il n’entraîne, en général, aucune réaction hémolytique aiguë ou retardée, sauf les patients drépanocytaires chez qui il peut entraîner une hémolyse, ou même précipiter une hyperhémolyse.

L’anti-M est très rarement associé à la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né.

Le typage de l’antigène M chez les donneurs ne fait pas partie des analyses (phénotypages) réalisées systématiquement par la Société canadienne du sang. Par conséquent, toute demande d’unité de culot globulaire M négatif requiert la réalisation d’un phénotypage manuel additionnel

Gestion des patients

Analyses prétransfusionnelles

La présence d’un anti-M dans le sang d’un patient avant une transfusion est généralement considérée comme cliniquement négligeable. Il n’est pas nécessaire de transfuser au patient des globules rouges M négatifs. On peut, à la place, lui transfuser des globules rouges jugés compatibles à l’aide d’un test indirect à l’antiglobuline, ou d’une méthode équivalente qui utilise un sérum antiglobuline humaine IgG.

Lorsque le patient possède un anticorps à large spectre ou panréactif et qu’il est impossible de savoir s’il est porteur de l’anti-M, on choisira de lui transfuser des globules rouges présentant un phénotype similaire à ses antigènes érythrocytaires, c’est-à-dire des globules rouges exempts de tous les antigènes d’importance clinique que le patient ne possède pas. Lors du choix des globules rouges, les systèmes rhésus, Kell, Kidd et Duffy devront être pris en compte, ainsi que l’antigène S. L’antigène M n’est en général pas pris en compte lors de la recherche de globules rouges présentant une compatibilité phénotypique. Il faudra donc, si possible, choisir des globules rouges au phénotype similaire qui auront été jugés compatibles à l’aide d’un test indirect à l’antiglobuline, ou équivalent.

S’il est impossible de trouver des globules rouges présentant une compatibilité lors du test indirect à l’antiglobuline, on peut utiliser des techniques de préchauffage, qui peuvent parfois s’avérer utiles, car souvent, l’anti-M est plus réactif à température ambiante ou à 4 °C, même s’il s’agit d’un anticorps de classe IgG. Le préchauffage peut minimiser ou empêcher la réactivité de l’anti-M, ce qui permet de réaliser l’épreuve de compatibilité.

Pour les patients porteurs de l’anti-M qui subissent des traitements entraînant de l’hypothermie, y compris les chirurgies cardiaques, certains services de transfusion recommandent de transfuser des globules rouges M négatifs. À noter toutefois que cela n’est appuyé par aucune donnée.

Patients drépanocytaires

Pour les patients drépanocytaires qui ne possèdent pas d’anticorps, la plupart des directives recommandent la transfusion de globules rouges Rh et Kell compatibles. Pour ceux qui possèdent un ou plusieurs anticorps, il est souvent recommandé de réaliser une épreuve de compatibilité phénotypique complète. Cette épreuve devra porter sur les systèmes rhésus, Kell, Kidd et Duffy, ainsi que sur l’antigène S, et non sur l’antigène M.

Pour les patients drépanocytaires qui possèdent un anti-M, on transfusera des globules rouges M négatifs, qui devront également avoir un phénotype compatible avec les profils antigéniques et anticorps. Étant donné que l’anti-M peut entraîner des réactions hémolytiques dans ce contexte clinique, la transfusion de globules rouges M négatifs compatibles est impérative.

Analyses prénatales

L’anti-M est souvent identifié lors des analyses prénatales. La plupart du temps, cela n’a pas d’importance clinique puisqu’il s’agit principalement d’un anti-M de classe IgM qui ne traverse pas la barrière placentaire.

Pour pouvoir distinguer l’anti-M de classe IgM et l’anti-M de classe IgG, on peut avoir recours à des méthodes d’identification des anticorps qui excluent les anticorps de classe IgM, ou encore à d’autres techniques, comme le traitement du plasma au dithiothréitol (DTT).

S’il s’agit d’un anti-M de classe IgG qui réagit à 37 °C et dont le taux est élevé ou en augmentation, le père devra être soumis à une recherche de l’antigène M à cause des risques cliniques potentiels. Le taux sérique d’anti-M de la mère devra faire l’objet d’un suivi avec titrage fréquent des anticorps pendant toute la période prénatale : on peut commencer par effectuer des titrages intermittents afin de déterminer si le taux d’anticorps augmente et, si c’est le cas, on peut continuer le titrage.

Toutefois, ces taux atteignent très rarement un niveau critique qui nécessite le suivi du fœtus par un spécialiste en périnatalogie. De récentes publications suggèrent que l’anti-M inhiberait l’érythropoïèse chez le fœtus au lieu de provoquer une hémolyse, ce qui provoquerait une anémie néonatale au lieu d’une anémie fœtale. En général, les rapports prénataux de la Société canadienne du sang recommandent que les bébés nés de mères possédant des anticorps anti‑M fassent l’objet d’un suivi clinique afin de pouvoir déceler l’apparition d’une anémie tardive entre trois et six semaines après l’accouchement. Ces rapports ont fait l’objet du commentaire suivant : L’anti-M peut supprimer l’érythropoïèse fœtale. Il est recommandé de surveiller l’apparition des symptômes d’une anémie tardive chez le nourrisson jusqu’à deux mois après l’accouchement. Réf. : Trans Med Rev. 2014; vol. 18, pp. 1-6.

D’autres cas d’anémie fœtale grave provoquée par l’anti-M ont été rapportés dans la littérature. Il s’agit là de cas très exceptionnels et, en dépit de la présence relativement courante de l’anti-M chez les femmes enceintes, il est rare qu’en Amérique du Nord on constate l’apparition d’une anémie significative chez le fœtus ou le nouveau-né.

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