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Les composants sanguins

Auteur(s): 
Akash Gupta, M. D., FRCPC; Mark Bigham, M. D., M. Sc. S., FRCPC
Date de publication: 
Jeudi, avril 15, 2021

Date publique précédente : 8 septembre 2017

Contexte

Chaque don de sang total est séparé en ses composants cellulaires (globules rouges et plaquettes) et plasmatiques. La transfusion du composant approprié qui répond avec efficacité aux besoins cliniques du patient permet de faire de chaque don le meilleur usage qui soit.

Le présent chapitre décrit le processus de fabrication des composants sanguins les plus courants :

  • Culots globulaires
  • Plaquettes : mélangées et d’aphérèse
  • Plasma congelé
  • Plasma-aphérèse frais congelé
  • Plasma surnageant de cryoprécipité
  • Cryoprécipité

Il traite aussi brièvement des indications et contre-indications, des modalités d’entreposage et de transport, de la posologie et des modes d’administration de ces composants ainsi que des produits qui peuvent les remplacer. Des renvois à d’autres chapitres du présent guide sont fournis dans les différentes sections suivantes, à titre de renseignement.

La Société canadienne du sang publie aussi des circulaires d’information en complément à l’étiquette des produits. Outre des avertissements, on y trouve des renseignements sur la composition, l’emballage, l’entreposage, la manutention et l’utilisation des produits, les indications, les précautions à prendre, les réactions indésirables, le dosage et enfin le mode d’administration. Les circulaires sont conformes aux règlements de la Direction générale des produits de santé et des aliments de Santé Canada.

Prélèvement des composants sanguins

À la Société canadienne du sang, le sang total est recueilli dans un système de prélèvement comportant plusieurs sacs raccordés entre eux. Ce système permet de transférer le sang et ses composants d’un sac à l’autre de façon aseptique (système fermé) durant la préparation des produits. Il existe deux types de systèmes de prélèvement :

  • le premier utilise la méthode d’extraction de la couche leucoplaquettaire (appelée également B1) pour la production de globules rouges, de plasma et de plaquettes;
  • le second utilise la méthode de filtration du sang total (appelée aussi B2), qui permet d’extraire les globules rouges et le plasma (y compris le cryoprécipité).

La figure 1 présente les principales étapes des deux méthodes. Dans les deux systèmes, le sac de prélèvement contient un anticoagulant, le citrate-phosphate-dextrose (CPD).

Pour recueillir certains composants sanguins comme le plasma et les plaquettes, on peut recourir à la technologie de prélèvement par aphérèse au lieu du prélèvement de sang total. Au cours de ce procédé automatisé en continu, le sang total entre dans une chambre de collecte où, au moyen de la centrifugation, le plasma est séparé des constituants sanguins cellulaires, tels que les globules rouges et les leucocytes. On peut trouver de l’information sur les anticoagulants utilisés pour chaque composant dans la circulaire d’information correspondante et dans le tableau 1. Selon le procédé employé, le plasma ou les plaquettes suspendues dans du plasma sont recueillis dans un sac, tandis que les autres constituants du sang sont retournés au donneur.

Figure 1. Méthodes utilisées à la Société canadienne du sang pour préparer les composants sanguins à partir de sang total

Culot globulaire

Préparation et description du composant

Le sang total est prélevé sur une solution anticoagulante de citrate-phosphate-dextrose (CPD) au moyen de la méthode B1 ou de la méthode B2 (figure 1). Dans la méthode B1, le sang total est centrifugé pour séparer les globules rouges des plaquettes et du plasma. Les globules rouges sont alors partiellement déleucocytés (PD) par filtration. Dans la méthode B2, le sang total est d’abord filtré pour en retirer les plaquettes et les leucocytes (PD), puis il est centrifugé pour séparer les globules rouges du plasma. Autant pour la méthode B1 que la méthode B2, une solution saline d’adénine-glucose-mannitol (solution SAGM) est ensuite ajoutée aux globules rouges. Enfin, l’unité est étiquetée comme culot globulaire.

Tous les culots globulaires préparés par la Société canadienne du sang sont partiellement déleucocytés. Un culot globulaire type a un volume moyen de 287 (± 20) ml et contient 55 (± 6) g d’hémoglobine, un hématocrite d’environ 0,67 ± 0,03 l/l, et un taux moyen de leucocytes résiduels de 0,0597 x 106 (± 0,1165). Cette information se trouve également dans la circulaire d’information sur les culots globulaires, qui est mise à jour régulièrement. D’autres méthodes de transformation des produits érythrocytaires, notamment le lavage, la déglycérolisation, l’irradiation, sont traitées dans le chapitre 15 du présent guide.

Chaque don fait l’objet d’analyses qui ont pour but d’identifier divers antigènes et certaines maladies infectieuses décrits au chapitre 6. De plus, on effectue un groupage ABO et un typage Rh D pour tous les culots globulaires des donneurs et ceux-ci sont étiquetés en conséquence (figure 2). La recherche de l’antigène Kell est effectuée deux fois pour chaque don et, lorsque le test est négatif, le résultat est imprimé sur l’étiquette. Le phénotypage d’autres antigènes érythrocytaires correspondant à des anticorps courants cliniquement significatifs (C, c, E, e, Jka, Jkb, Fya, Fyb, S et s) est également réalisé chez une certaine proportion de donneurs. S’il y a absence de ces antigènes, cela est indiqué sur l’étiquette. Tous les résultats des analyses d’antigènes, qu’ils soient positifs ou négatifs, figurent sur l’étiquette du code à barres.

Figure 2 : Étiquette d’unité de culot globulaire de la Société canadienne du sang (voir sang.ca)

Indications

Le but premier d’une transfusion de culot globulaire est d’accroître le pouvoir oxyphorique du sang. Par conséquent, ce type de transfusion est indiqué chez le patient anémique présentant des signes d’oxygénation déficiente. À titre d’exemples, une perte sanguine aiguë symptomatique, une anémie chronique avec atteinte cardiopulmonaire ou une aplasie médullaire suite à une maladie ou aux effets secondaires d’un médicament peuvent présenter un besoin de transfusion de culot globulaire. Chez les patients ayant une hémorragie aiguë, le remplacement du volume intravasculaire est souvent nécessaire et, selon les circonstances cliniques, il peut également être important de transfuser du plasma et des plaquettes. Consulter le chapitre 11 du présent guide pour plus de renseignements sur les hémorragies massives et les transfusions d’urgence.

La distribution efficace de l’oxygène ne dépend pas uniquement du taux d’hémoglobine, mais aussi de la santé cardiovasculaire du patient et de sa capacité à tolérer une concentration en hémoglobine plus faible. Par conséquent, les patients sans atteinte cardiopulmonaire pourront tolérer une concentration d’hémoglobine plus faible que les personnes qui ont une réserve cardiopulmonaire limitée. Chez les nourrissons et les enfants, les taux normaux d’hémoglobine sont différents de ceux des adultes; les éléments déclencheurs indiquant le besoin d’une transfusion et les doses de composants sanguins varieront selon l’âge. Consulter le chapitre 13 du présent guide pour plus de renseignements sur les transfusions chez le nouveau-né et l’enfant. Enfin, le patient chez qui l’anémie se manifeste lentement pourra tolérer une concentration en hémoglobine plus faible qu’une personne qui devient anémique soudainement, car il aura développé des mécanismes de compensation.

La décision de transfuser un patient anémique relève du cas par cas. Bien qu’il n’existe pas de taux d’hémoglobine standard en deçà duquel une transfusion doit être pratiquée d’office, un grand nombre d’études et de directives appuient l’utilisation d’un seuil transfusionnel restrictif, y compris dans les unités de soins intensifs et dans les cas d’anémie postopératoire.1

La transfusion de culots globulaires ne sert pas à restaurer le volume sanguin; elle ne doit être pratiquée que pour corriger l’anémie aiguë ou chronique, après examen et exclusion des options non transfusionnelles. En outre, le choix de réaliser une transfusion ne doit pas reposer entièrement sur l’évaluation de l’hémoglobine ou de l’hématocrite; il faut, en effet, tenir compte de l’ensemble des éléments physiologiques et chirurgicaux influant sur l’oxygénation du patient et sur son état clinique. D’autres éléments sont pris en compte dans la décision de corriger l’anémie par transfusion : la fonction cardiovasculaire combinée à d’autres facteurs de comorbidité, l’acuité et la gravité de l’anémie et la présence ou le risque d’une perte sanguine continue. Pour plus de renseignements sur les directives transfusionnelles, consulter le site Web Choisir avec soin.2

Posologie et mode d’administration

Normalement, une unité de culot globulaire PD en solution SAGM (293 (± 26) ml) accroît la concentration d’hémoglobine d’environ 10 g/l chez un adulte de taille moyenne (70 kg) ne présentant aucune hémorragie. Si un nouveau‑né, un enfant ou même un adulte ne peut tolérer un débit de perfusion assez élevé pour recevoir une unité complète en quatre heures, il faut administrer une unité partielle, que le service de transfusion de certains hôpitaux peut offrir.

Le chapitre 8 et le chapitre 9 du présent guide fournissent respectivement des renseignements détaillés sur les épreuves prétransfusionnelles et l’administration des produits sanguins. Le chapitre 13 présente des lignes directrices sur les pratiques transfusionnelles chez le nouveau-né et l’enfant.

Si la transfusion de l’unité de culot globulaire n’est pas entreprise rapidement suivant son retrait du réfrigérateur à température contrôlée ou du système d’entreposage ou de transport, on doit retourner l’unité sans délai à son lieu d’entreposage pour éviter le gaspillage. Une unité de culot globulaire peut être remise dans les réserves seulement si elle est intacte, si elle passe l’inspection visuelle et si elle a été conservée à une température acceptable (voir la section Entreposage et transport ci-après) et n’a pas été à l’extérieur d’un milieu à température contrôlée pendant plus de 60 minutes (consulter la norme 5.8.7.1 de la Société canadienne de médecine transfusionnelle pour plus de renseignements).3

Entreposage et transport

Le respect des modalités d’entreposage et de transport des composants sanguins est un aspect essentiel de la sécurité transfusionnelle. Le sang étant un composant biologique, un entreposage inadéquat risque d’entraîner une contamination bactérienne et une réduction de son efficacité thérapeutique.

La durée de conservation d’un culot globulaire distribué par la Société canadienne du sang est de 42 jours à partir de la date de prélèvement. La manipulation, notamment le lavage ou l’irradiation, diminue la durée de conservation du composant. La date limite d’utilisation est inscrite sur chaque unité de culot globulaire. Si l’unité est ouverte sans l’utilisation d’un dispositif de raccord stérile, le composant ne se conservera que 24 heures à une température comprise entre 1 et 6 °C (ou jusqu’à la date d’expiration initiale, selon la première des deux échéances), ou 4 heures, s’il est conservé à une température supérieure à 6 °C. Les unités sélectionnées par la Société canadienne du sang pour être irradiées ne doivent pas avoir plus de 14 jours inclusivement et, une fois irradiées, elles doivent être transfusées le plus tôt possible et pas plus tard que 14 jours après leur irradiation.4-6

Les culots globulaires doivent être conservés à une température comprise entre 1 et 6 °C dans un dispositif à température contrôlée muni d’un système d’alarme, d’un ventilateur à circulation d’air et d’un dispositif de veille. Pendant la conservation et le transport, on doit tenir des dossiers qui assurent la traçabilité des composants sanguins, depuis leur collecte jusqu’à leur utilisation, et le respect des modalités de conservation pendant ce laps de temps. Le chapitre 15 fournit des informations supplémentaires sur le lavage et l’irradiation des composants sanguins.

Le maintien d’une température adéquate pendant le transport des unités de culot globulaire est essentiel. Le trajet ne doit pas durer plus de 27 heures, et les unités doivent être transportées dans des contenants d’expédition validés et selon des méthodes d’emballage normalisées qui assurent le maintien d’une température comprise entre 1 et 6 °C. Toutefois, si le trajet ne dure pas plus de 24 heures, un moyen de transport dûment validé pour le maintien d’une température comprise entre 1 et 10 °C est autorisé. Chaque composant sanguin doit faire l’objet d’une inspection visuelle au moment de l’expédition et de la réception et les résultats de cet examen doivent être consignés. Dans certains hôpitaux et certaines régions, on place un appareil de surveillance de la température à l’intérieur d’un ou de plusieurs contenants, pour chaque envoi de sang et de composants sanguins, afin de vérifier que la bonne température a été maintenue pendant le transport.

Lorsque des unités de culot globulaire accompagnent un patient qui est transféré d’un établissement à un autre, leur traçabilité doit être maintenue. Par conséquent, le service de transfusion de l’hôpital expéditeur doit aviser le service de transfusion de l’hôpital destinataire, qui devra consigner les renseignements relatifs à l’affectation du composant, que celui-ci ait été transfusé à un patient ou qu’il ait été éliminé.

Pour en savoir plus sur les culots globulaires préparés par la Société canadienne du sang, consulter la Circulaire d’information sur l’utilisation de composants sanguins humains – culot globulaire partiellement déleucocyté.

Solutions de remplacement

Selon la cause sous-jacente de l’anémie, l’administration de fer par voie orale ou intraveineuse, de vitamine B12, d’acide folique ou d’agents stimulant l’érythropoïèse constitue une éventuelle solution thérapeutique. La surveillance du patient durant le traitement des pathologies sous-jacentes contribuant à l’anémie pourrait être une solution de rechange à la transfusion chez certains patients.2

Plaquettes

Préparation et description des composants

À la Société canadienne du sang, il existe deux types de préparations plaquettaires : les plaquettes mélangées et les plaquettes d’aphérèse.

Les plaquettes mélangées sont préparées à partir de sang total qui est prélevé au moyen de la méthode d’extraction de la couche leucoplaquettaire (méthode B1) et auquel on a ajouté une solution anticoagulante de CPD (figure 1). Après le prélèvement, les dons de sang total sont refroidis à la température ambiante puis envoyés au centre de production où les composants du sang sont séparés par centrifugation. La couche supérieure, contenant le plasma, et la couche inférieure, contenant les globules rouges, sont extraites. La couche leucoplaquettaire, comprise entre les globules rouges et le plasma, contient des plaquettes et des leucocytes. Les couches leucoplaquettaires de quatre unités de sang du même groupe ABO et le plasma de l’une de ces unités (celui d’un homme) sont mélangés et soumis à d’autres traitements, dont une réduction leucocytaire par filtration. C’est ainsi que l’on obtient une unité ou dose de plaquettes mélangées (figure 3). Le mélange n’est étiqueté Rh négatif que si toutes les unités dont il est constitué proviennent de donneurs Rh négatif. Les plaquettes mélangées sont préparées dans les 28 heures suivant le prélèvement et chaque unité porte un numéro d’identification unique. Leur durée de conservation est de sept jours à compter de la date de prélèvement. Le volume d’une unité type de plaquettes mélangées est d’environ 317 (± 16) ml. Chaque unité renferme habituellement 339 (± 44) x 10plaquettes et un nombre moyen de leucocytes résiduels de 0,0427 (± 0,0877) x 106. Elle peut également contenir une quantité infime de globules rouges.

Les plaquettes d’aphérèse sont prélevées et préparées au moyen d’un procédé automatisé utilisant un appareil d’aphérèse qui sépare et extrait les plaquettes (en suspension dans le plasma du donneur) des autres composants cellulaires du sang total par centrifugation. Une unité type de plaquettes d’aphérèse distribuée par la Société canadienne du sang renferme 333 (± 34) x 109 plaquettes et un nombre moyen de leucocytes résiduels de 0,0966 (± 0,2206) x 106, pour un volume moyen de 223 (± 9) ml.

Figure 3. Préparation de plaquettes mélangées par la Société canadienne du sang.

Indications

La transfusion de plaquettes est indiquée pour le traitement des patients ayant des saignements associés à une diminution importante de la production de plaquettes ou à une anomalie de la fonction plaquettaire. Comme méthode de traitement prophylactique, elle peut aussi être indiquée chez le patient dont la numération plaquettaire baisse rapidement ou est faible consécutivement à une aplasie médullaire ou à une chimiothérapie. En règle générale, la transfusion de plaquettes n’est pas recommandée pour les patients dont les plaquettes sont détruites rapidement en raison, par exemple, d’un purpura thrombopénique immunologique (PTI), d’une thrombocytopénie induite par l’héparine (TIH) ou d’un purpura thrombopénique thrombotique (PTT), à moins qu’il n’y ait un saignement important sur le plan clinique ou une hémorragie menaçant la vie.7

Les indications pour les plaquettes d’aphérèse sont semblables aux indications pour les plaquettes mélangées. On peut choisir les plaquettes d’aphérèse en fonction de la compatibilité HLA (human leucocyte antigens — antigènes d’histocompatibilité humains) lorsqu’un receveur ne répond pas à une transfusion de plaquettes en raison de la présence confirmée d’anticorps anti-HLA (état réfractaire avec allo‑immunisation). Consulter le chapitre 18 du présent guide pour plus de renseignements sur le traitement des patients réfractaires aux plaquettes et les tests connexes.

Posologie et mode d’administration

Bien que la transfusion de plaquettes du même groupe sanguin que le patient puisse être privilégiée pour certains patients, des plaquettes ABO compatibles sont souvent utilisées. Consulter le chapitre 9 et le chapitre 18 du présent guide pour en savoir plus sur la compatibilité ABO, la posologie et le mode d’administration des composants plaquettaires.

La transfusion de plaquettes d’aphérèse devrait produire une augmentation de la numération plaquettaire équivalente à celle obtenue à partir de plaquettes mélangées. Chez un adulte de taille moyenne, chaque dose de plaquettes devrait augmenter la numération plaquettaire d’au moins 15 à 25 x 10cellules/l une heure après la transfusion.8

En pratique, cependant, la hausse post-transfusionnelle du nombre de plaquettes est souvent inférieure à la valeur anticipée. Un état septique, une allo-immunisation, de la fièvre, un purpura thrombopénique immunologique (PTI) ou une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) peuvent contribuer à une réponse sous-optimale. Consulter le chapitre 18 du présent guide pour des renseignements additionnels sur le sujet.

Entreposage et transport

Les composants plaquettaires doivent être conservés à une température comprise entre 20 et 24 °C et être agités continuellement durant leur entreposage. Si l’agitateur n’est pas un incubateur de plaquettes fermé, il faut enregistrer la température ambiante toutes les quatre heures au moyen d’un thermomètre étalonné ou d’un appareil de surveillance continue de la température pendant toute la durée d’entreposage des produits.

Les unités de plaquettes mélangées et d’aphérèse se conservent pendant sept jours à compter de la date du prélèvement. Une fois ouvertes, elles ne se conservent que quatre heures, sauf si des aliquotes sont préparées en utilisant un dispositif de raccordement stérile. Les aliquotes obtenues à l’aide d’un tel dispositif conservent la date limite d’utilisation originale de sept jours; elles doivent contenir un volume résiduel minimum qui diffère selon le dispositif de prélèvement. La Société canadienne du sang collecte les plaquettes d’aphérèse avec les sacs de collecte Trima de Terumo, dont le volume minimal est de 100 ml. La date de prélèvement et la date de péremption qui figurent sur l’unité plaquettaire doivent aussi être indiquées sur l’étiquette de chacune des aliquotes préparées à partir de l’unité originale.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les composants plaquettaires fabriqués par la Société canadienne du sang, consulter la Circulaire d’information sur l’utilisation de composants sanguins humains – plaquettes, et le chapitre 18 du présent guide.

Solution de remplacement

Des plaquettes d’aphérèse peuvent être utilisées à la place de plaquettes mélangées si l’offre et la demande le permettent.

Il n’existe pas de produit pouvant remplacer les concentrés plaquettaires.

Composants plasmatiques

Préparation et description des composants

La Société canadienne du sang prépare et distribue les principaux types de composants plasmatiques suivants :

  • plasma congelé CPD;
  • plasma-aphérèse frais congelé;
  • plasma surnageant de cryoprécipité CPD;
  • cryoprécipité (voir la section sur le cryoprécipité plus loin dans ce chapitre).

La Société canadienne du sang distribue également le produit suivant :

  • plasma traité au solvant-détergent (SD). Ce produit d’Octapharma est distribué à des patients dont les affections exigent son utilisation (il est abordé plus loin dans ce chapitre).

On analyse les dons de sang pour déceler la présence d’anticorps anti-érythrocytaires. Si la présence de ces anticorps est cliniquement significative, le plasma est jeté.

Le plasma congelé CPD est préparé à partir de sang total recueilli dans une solution anticoagulante de CPD dont la quantité de globules rouges a été réduite par centrifugation. Le plasma congelé produit au moyen de la méthode B1 fait l’objet d’une réduction plaquettaire et leucocytaire par centrifugation; il n’est pas déleucocyté par filtration. Le plasma congelé produit au moyen de la méthode B2 est réduit en plaquettes et en leucocytes par filtration (figure 1). Le plasma recueilli est congelé dans un délai de 24 heures suivant le prélèvement et étiqueté comme unité de plasma congelé CPD. Ces étapes de traitement permettent de réduire les leucocytes à un taux résiduel moyen inférieur à 5 x 106 par unité, mais le taux de leucocytes peut varier considérablement d’une unité à l’autre. Les unités de plasma congelé ne sont pas étiquetées comme étant partiellement déleucocytées.

Pour les enfants qui ont besoin de transfusions de faibles volumes, la Société canadienne du sang offre des unités de plasma divisées en aliquotes de 125 à 150 ml. Ces aliquotes sont de groupe sanguin AB, à moins de demande contraire.

Le plasma-aphérèse frais congelé est recueilli par un procédé automatisé en continu utilisant un appareil d’aphérèse qui sépare le plasma des autres composants cellulaires du sang total par centrifugation. Les unités de plasma recueilli par aphérèse sont congelées dans les huit heures suivant le prélèvement, et leur étiquette porte la mention « plasma-aphérèse frais congelé ».

Le volume moyen des composants de plasma congelé et de plasma-aphérèse frais congelé distribués par la Société canadienne du sang ainsi que leur contenu en facteurs de coagulation sont indiqués dans le tableau 1. Les facteurs V et VIII sont des facteurs de coagulation labiles, et ils sont instables dans le plasma entreposé pendant une période prolongée à une température comprise entre 1 et 6 °C. Par conséquent, on conserve le plasma à l’état congelé à une température égale ou inférieure à -18 °C. Le plasma-aphérèse frais congelé contient approximativement 87 % de la quantité de facteur VIII présente au moment du prélèvement et, selon les normes appliquées au Canada, il doit contenir au moins 0,70 UI/ml de ce facteur dans au moins 75 % des unités testées. Le plasma congelé contient des concentrations d’environ 70 à 75 % du facteur VIII présent au moment du prélèvement et, selon les normes appliquées au Canada, il doit contenir au moins 0,52 UI/ml de ce facteur dans au moins 75 % des unités testées. La concentration de facteur V et celle d’autres facteurs de coagulation ne diminuent pas de façon appréciable par rapport à leurs valeurs initiales dans le plasma congelé dans les 24 heures suivant le prélèvement.

Le plasma surnageant de cryoprécipité CPD est élaboré à partir de plasma congelé que l’on décongèle lentement et que l’on centrifuge pour en extraire le précipité insoluble. Le précipité insoluble extrait est recongelé, comme le plasma qui reste, et l’unité est étiquetée « plasma surnageant de cryoprécipité CPD ».

La Société canadienne du sang distribue également le produit OctaplasmaTM pour le traitement d’un nombre restreint de patients qui répondent à des critères précis. Il s’agit d’un composant plasmatique frais congelé fait de plasma mélangé traité au solvant-détergent. Préparé par la société Octapharma, le plasma OctaplasmaTM est filtré pour en éliminer les cellules et les débris et aider ainsi à réduire les effets indésirables liés aux cellules sanguines résiduelles. Le processus de mise en commun des unités de plasma dilue et neutralise les allergènes et les anticorps, ce qui, en théorie, réduit le risque de syndrome respiratoire aigu post-transfusionnel (TRALI). Le traitement au solvant-détergent détruit les virus à enveloppe, et le processus de fabrication réduit le risque d’infections causées par des virus non enveloppés et des prions (sans toutefois l’éliminer complètement).

Le plasma de convalescents est du plasma recueilli auprès de personnes qui se sont rétablies d’une infection. Ce plasma contient des anticorps neutralisants contre l’agent pathogène en cause. Le plasma de convalescents a été utilisé de façon expérimentale pour traiter des cas de SRAS,9 de H1N1,10 d’Ebola11,12 et, plus récemment, de COVID-19.13-15  Avant la pandémie de COVID-19, il n’existait aucun essai clinique à répartition aléatoire réalisé à grande échelle qui démontrait l’efficacité du plasma de convalescents. Des revues systématiques d’essais utilisant du plasma de convalescents ou des produits hyperimmuns pour traiter des pneumonies virales ont conclu que le plasma de convalescents était peut-être associé à une certaine efficacité et à une absence d’effets néfastes (données probantes de très faible qualité) et qu’il était nécessaire de mener des essais cliniques bien conçus.16,17 Au cours de l’année 2020, des centaines d’études ont été entreprises dans le monde entier pour déterminer si le plasma de convalescents était sûr et efficace dans le traitement de la COVID-19. La Société canadienne du sang et Héma-Québec ont participé à des essais cliniques contrôlés randomisés à grande échelle au Canada en collectant du plasma de convalescents de la COVID-19, en l’analysant et en le distribuant dans le cadre des essais cliniques approuvés par Santé Canada. Le plasma de convalescents est recueilli par aphérèse auprès de donneurs qui répondent aux critères d’admissibilité établis pour la collecte de plasma d’aphérèse. Ces donneurs doivent en outre avoir obtenu un résultat positif confirmé à un test de dépistage de la COVID-19 réalisé en laboratoire, être complètement guéris et n’avoir eu aucun symptôme de la maladie depuis au moins 28 jours.

Tableau 1. Description des composants plasmatiques distribués par la Société canadienne du sang

Type Description
Plasma congelé CPD Environ 283 ml de plasma extrait d’une unité de sang total prélevé dans une solution anticoagulante CPD, qui est congelé à une température inférieure ou égale à -18 °C dans un délai de 24 heures après le prélèvement. Contient tous les facteurs de coagulation, quoique les facteurs V et VIII y soient présents en quantité légèrement réduite. Un millilitre de plasma congelé contient en moyenne 0,87 UI de facteur VIII.
Plasma-aphérèse frais congelé Plasma recueilli par aphérèse et congelé dans les huit heures suivant le prélèvement. Contient les facteurs de coagulation labiles V et VIII, ainsi que des facteurs de coagulation non labiles. Le volume moyen des unités préparées avec du citrate de sodium est de 494 ml, et celui des unités préparées avec de l’ACD-A (acide-citrate-dextrose – solution A) de 249 ml. Un millilitre de plasma-aphérèse frais congelé contient en moyenne 1,29 UI de facteur VIII.
Plasma surnageant de cryoprécipité CPD Environ 273 ml de plasma extrait d’une unité de sang total et constituant le surnageant plasmatique qui restent après la préparation du cryoprécipité; contient tous les facteurs de coagulation, quoique les multimères du facteur de von Willebrand (FvW) de haut poids moléculaire et le fibrinogène y soient présents en quantité réduite.
Plasma traité au solvant-détergent Plasma mélangé de nombreux donneurs qui est traité en plusieurs étapes (solvant-détergent, neutralisation immunitaire, filtration stérile) pour éliminer ou inactiver les agents pathogènes, les cellules, les allergènes et les anticorps. Chaque unité est composée de 200 ml de plasma acellulaire qui contient 9,0 à 14,0 g de protéines plasmatiques humaines (45 à 70 mg/ml). Tous les facteurs de coagulation atteignent un minimum de 0,5 UI/ml..
Plasma de convalescents Plasma recueilli auprès de personnes rétablies d’une infection. Il contient des anticorps neutralisants contre l’agent pathogène en cause. La description utilisée pour le plasma-aphérèse frais congelé ci-dessus s’applique; à noter que le plasma doit contenir une quantité prédéterminée d’anticorps neutralisants.

Le plasma congelé, le plasma-aphérèse frais congelé et le plasma surnageant de cryoprécipité sont préparés et distribués par la Société canadienne du sang. Le plasma traité au solvant-détergent (OctaplasmaTM) est fabriqué par Octapharma et distribué par la Société canadienne du sang pour des indications précises. Consulter la monographie du composant pour plus de renseignements.

À l’heure actuelle, le plasma de convalescents est préparé pour les essais cliniques en cours. Sa distribution par la Société canadienne du sang pour un autre usage n’est pas encore autorisée.

Indications

Puisque le plasma-aphérèse frais congelé n’est plus utilisé pour traiter les patients présentant des déficits isolés en facteur VIII ou en facteur de von Willebrand, et que des études ont montré que la concentration de facteur VIII n’est que légèrement plus faible dans le plasma congelé qu’elle ne l’est dans le plasma-aphérèse frais congelé, ces deux composants peuvent être employés de manière interchangeable dans la plupart des situations cliniques où ils sont indiqués (tableau 2).

L’utilisation du plasma-aphérèse frais congelé ou du plasma congelé est limitée presque exclusivement au traitement ou à la prévention de saignements cliniquement significatifs attribuables à un déficit en un ou plusieurs facteurs de coagulation plasmatiques pour lequel il n’existe pas de traitement de rechange plus approprié ou spécifique. Ces composants seraient notamment indiqués chez les catégories de patients suivantes :

  • patients exigeant le remplacement de plusieurs facteurs de coagulation d’origine plasmatique à cause de saignements ou en raison d’une intervention invasive (p. ex. les patients atteints d’une maladie hépatique grave ou présentant une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD);
  • patients présentant une hémorragie massive et ayant des anomalies de la coagulation cliniquement significatives;
  • patients qui, recevant une anticoagulothérapie par la warfarine, présentent un saignement ou ont besoin de subir une intervention invasive avant que la vitamine K ne neutralise l’effet de la warfarine et qui ne peuvent recevoir de concentrés de complexe prothrombique soit en raison d’une contre-indication, soit parce que le produit n’est pas disponible;
  • patients nécessitant un traitement par échange plasmatique contre le purpura thrombocytopénique thrombotique et le syndrome hémolytique et urémique chez l’adulte;
  • patients nécessitant un traitement par échange plasmatique pour d’autres maladies dans lequel le liquide de substitution doit contenir des facteurs de coagulation. Voir le chapitre 14 du présent guide.

Le plasma-aphérèse frais congelé ou le plasma congelé peuvent également être utilisés pour reconstituer du sang total afin de pratiquer une exsanguino-transfusion chez un nouveau-né. Voir le chapitre 13 du présent guide pour des renseignements additionnels sur la transfusion de plasma chez le nouveau-né et l’enfant.

Le plasma surnageant de cryoprécipité CPD est utilisé pour le traitement par échange plasmatique du purpura thrombocytopénique thrombotique et du syndrome hémolytique et urémique chez l’adulte. Il peut servir à traiter un déficit en divers facteurs de coagulation, en particulier lorsqu’il n’est pas nécessaire de suppléer un déficit en fibrinogène. Par exemple, il peut être utile pour traiter les patients qui, recevant une anticoagulothérapie par la warfarine, présentent un saignement ou ont besoin de subir une intervention invasive avant que la vitamine K ne neutralise l’effet de la warfarine et qui ne peuvent recevoir de concentrés de complexe prothrombique soit en raison d’une contre-indication, soit parce que le produit n’est pas disponible. Le plasma-aphérèse frais congelé ou le plasma congelé peuvent également être utilisés dans ces situations et avoir une efficacité équivalente. En outre, le plasma congelé et le plasma surnageant de cryoprécipité ont montré la même efficacité dans le traitement de patients ayant un purpura thrombocytopénique thrombotique.18,19

Le plasma SD (OctaplasmaTM) est homologué et son utilisation est autorisée au Canada pour un certain nombre d’indications dans lesquelles du plasma pourrait autrement être utilisé. Toutefois, l’offre de ce produit est limitée et seuls les patients ayant besoin de la transfusion de grands volumes de plasma qui répondent aux critères déterminés par le Comité consultatif national sur le sang et les produits sanguins20 peuvent recevoir du plasma SD, dont ceux qui souffrent de l’une des affections suivantes :

  • purpura thrombocytopénique thrombotique (PTT);
  • syndrome hémolytique et urémique (SHU) accompagné d’un déficit en facteur H;

  • déficits en facteurs de coagulation pour lesquels des concentrés autorisés spécifiques ne sont pas facilement accessibles (p. ex. facteur V, facteur XI et facteur XIII);

et qui :

  • réaction allergique à un composant plasmatique congelé (p. ex. le plasma-aphérèse frais congelé, le plasma congelé);
  • trouble pulmonaire sous-jacent;

  • besoin d’un composant plasmatique congelé qui ne peut être obtenu rapidement dans un groupe sanguin compatible avec le receveur.

Tableau 2. Indications des composants plasmatiques selon la maladie ou le contexte clinique

Maladie ou contexte clinique Plasma congelé CPD Plasma-aphérèse frais congelé Plasma surnageant de cryoprécipité CPD Plasma traité au solvant-détergent
Neutralisation d’un traitement par la warfarine si les concentrés de complexe prothrombique et/ou la vitamine K sont contre-indiqués ou s’il n’y en a pas de disponibles X X X  
Traitement d’une hémorragie microvasculaire si les analyses sanguines révèlent une coagulopathie X X    
Hépatopathie X X    
Transfusion massive X X    
Exsanguino-transfusion chez le nouveau-né X X    
Traitement par échange plasmatique du purpura thrombotique thrombocytopénique ou du syndrome hémolytique et urémique chez l’adulte X X X  
Certains déficits en facteurs de coagulation ou en protéines plasmatiques rares s’il n’y a pas d’autre traitement spécifique de disponible X X    
Patients qui répondent aux critères d’admissibilité pour le plasma traité au solvant-détergent (voir ci‑dessus).       X

Des lignes directrices relatives à la neutralisation des effets d’une anticoagulothérapie par voie orale à l’aide de concentrés de plasma ou de concentrés de complexe prothrombique sont disponibles sur le site du Comité consultatif national sur le sang et les produits sanguins.21 Pour de plus amples renseignements, consulter aussi le chapitre 17 du présent guide et la Circulaire d’information sur l’utilisation des composants sanguins humains – composants plasmatiques de la Société canadienne du sang.

Contre-indications

On ne doit pas transfuser de plasma lorsque l’on souhaite uniquement restaurer le volume intravasculaire ou corriger un déficit en un seul facteur de coagulation si des produits recombinants ou des produits plasmatiques viro-inactivés spécifiques sont disponibles. La transfusion de plasma est généralement contre-indiquée ou inefficace dans la neutralisation d’un rapport international normalisé (RIN) inférieur à 1,8.22

S’il n’y a pas de déficit en facteurs de coagulation, l’hypovolémie doit être traitée avec d’autres expanseurs de volume plasmatique, par exemple une solution de chlorure de sodium à 0,9 %, une solution de Ringer ou de l’albumine. Consulter le chapitre 3 du présent guide pour plus de renseignements sur l’albumine et ses alternatives thérapeutiques.

Ne pas transfuser de plasma si la coagulopathie peut être mieux corrigée par un traitement spécifique comme l’administration de vitamine K, de concentrés de complexe prothrombique, de cryoprécipité ou d’un facteur de coagulation particulier. Consulter le chapitre 5 du présent guide pour en savoir plus sur les concentrés de facteurs de coagulation offerts au Canada et sur leur utilisation.

On ne doit pas utiliser de plasma surnageant de cryoprécipité pour le traitement d’un déficit en fibrinogène, en facteur VIII ou en facteur de von Willebrand.

Posologie et mode d’administration

Le chapitre 9 et le chapitre 13 du présent guide contiennent respectivement de l’information détaillée sur l’administration de sang et de produits sanguins et sur les transfusions chez le nouveau-né et l’enfant.

Le volume de la transfusion dépend du tableau clinique et de la taille du receveur et, lorsque cela est possible, il devrait être déterminé d’après les résultats d’une évaluation de la coagulation par diverses épreuves de laboratoire réalisées en série. En règle générale, la dose permettant d’obtenir une concentration plasmatique de facteur de coagulation d’au moins 30 % est de 10 à 15 ml/kg de poids corporel. Par contre, pour la neutralisation d’un traitement par la warfarine (seulement dans les rares cas où les concentrés de complexe prothrombique sont contre-indiqués ou non disponibles), une dose de 5 à 8 ml/kg de poids corporel est habituellement suffisante.

Les composants plasmatiques doivent avoir une compatibilité ABO avec le patient, mais ne doivent pas nécessairement être isogroupes. Dans la majorité des situations cliniques, le composant plasmatique ne doit pas contenir d’anticorps ABO qui pourraient être incompatibles avec les antigènes ABO présents à la surface des globules rouges du receveur. Si le groupe ABO du receveur est inconnu, il faut procéder à un groupage sanguin pour déterminer la compatibilité avant de procéder à la transfusion. Autrement, on peut utiliser un plasma du groupe AB, bien que pour la prise en charge d’une hémorragie massive, de nombreux centres de traumatologie en Amérique du Nord utilisent plutôt du plasma du groupe A. Cette pratique n’est toutefois pas encore la norme dans l’ensemble du Canada.

La décongélation du plasma congelé, du plasma-aphérèse frais congelé et du plasma surnageant de cryoprécipité prend entre 12 et 30 minutes, selon le volume de l’unité, la méthode de décongélation et l’équipement utilisé par le service de transfusion de l’hôpital. Le plasma traité au solvant-détergent (OctaplasmaTM) doit être décongelé dans son emballage externe dans un bain-marie à circulation (à une température entre 30 et 37 °C) pendant 30 à 60 minutes, ou dans un système de décongélation à sec à utiliser selon les instructions du fabricant; des recommandations détaillées sur l’utilisation du système sont offertes par Octapharma.

Une fois décongelés, les composants plasmatiques doivent être transfusés immédiatement ou conservés à une température comprise entre 1 et 6 °C, dans un réfrigérateur muni d’un système d’alarme et d’un appareil de surveillance continue de la température. Un composant plasmatique décongelé ne peut être congelé de nouveau; certains établissements ont une banque de produits plasmatiques décongelés. Les unités de plasma congelé, de plasma-aphérèse frais congelé et de plasma surnageant de cryoprécipité préparées avec de l’anticoagulant ACD-A peuvent être conservées jusqu’à cinq jours; toutefois, le plasma-aphérèse frais congelé préparé avec du citrate de sodium est prélevé en circuit ouvert et ne se conserve pas plus de 24 heures (entre 1 et 6 °C) après la décongélation.

Si la transfusion de l’unité de plasma n’est pas entreprise rapidement suivant son retrait du réfrigérateur à température contrôlée ou du système d’entreposage ou de transport, on doit retourner l’unité sans délai à son lieu d’entreposage pour éviter le gaspillage. Les composants sanguins ne peuvent être replacés dans les stocks que si le sac est intact, s’il passe l’inspection visuelle et s’il a conservé une température acceptable (consulter la norme 5.8.7.1 de la Société canadienne de médecine transfusionnelle pour plus de renseignements).3 Le plasma congelé qui a été décongelé ne peut être recongelé; il peut toutefois être utilisé pour d’autres patients jusqu’à sa date de péremption post-décongélation.

Entreposage et transport

Les composants plasmatiques congelés doivent être conservés à une température égale ou inférieure à ‑18 °C dans un congélateur contrôlé muni d’un appareil de surveillance continue de la température. La durée de conservation maximale est de douze mois, pour le plasma congelé, le plasma-aphérèse frais congelé et le plasma surnageant de cryoprécipité, ou de quatre ans, pour l’OctaplasmaTM. Une unité ne doit pas rester plus de 30 minutes à l’extérieur du congélateur à température contrôlée.

Solutions de remplacement

Le plasma congelé et le plasma-aphérèse frais congelé peuvent être employés de manière interchangeable selon l’indication, l’offre et la demande.

Le plasma traité au solvant-détergent (OctaplasmaTM) est disponible pour des indications précises comme décrites précédemment.

On devrait recourir à la vitamine K pour neutraliser l’effet de la warfarine chez un patient qui ne présente pas d’hémorragie et qui ne s’apprête pas à subir d’intervention invasive. Le patient qui a besoin d’une neutralisation rapide de l’effet de la warfarine en raison d’une hémorragie, d’un risque d’hémorragie ou d’une intervention invasive urgente peut bénéficier de l’administration d’un concentré de complexe prothrombique avec de la vitamine K. Des conseils pratiques sur la neutralisation de l’effet de la warfarine sont proposés sur le site anglais Treat the Bleed, une ressource en ligne s’appuyant sur des données probantes pour les médecins de première ligne.

Des concentrés de protéines plasmatiques spécifiques sont disponibles. Ils sont décrits au chapitre 5 et au chapitre 17 du présent guide.

Cryoprécipité

Préparation et description du produit

La Société canadienne du sang prépare le cryoprécipité à partir de plasma congelé qui est décongelé lentement puis centrifugé. Le cryoprécipité insoluble extrait par ce processus est alors recongelé et l’unité est étiquetée en tant que cryoprécipité. Habituellement, une unité de plasma congelé permet d’obtenir une unité de cryoprécipité (10 ± 2 ml). Chaque sac de cryoprécipité contient en moyenne 285 (± 88) mg de fibrinogène.

Indications

Au cours des dernières années, certaines indications pour le cryoprécipité ont changé en raison notamment d’une meilleure compréhension des mécanismes de la coagulation, de l’importance accrue accordée aux constituants, autres que le facteur VIII, présents dans le cryoprécipité, des préoccupations liées à l’inactivation virale et du développement de composants de remplacement.

À l’heure actuelle, le cryoprécipité est utilisé d’abord et avant tout pour le remplacement du fibrinogène en cas d’hypofibrinogénémie acquise, ou à titre empirique, chez les patients présentant une hémorragie.23,24 Bien que l’on puisse utiliser du cryoprécipité ou du concentré de fibrinogène comme traitement de remplacement du fibrinogène, le concentré a l’avantage d’avoir été soumis à une réduction des agents pathogènes et d’être offert en poudre lyophilisée; cela le rend plus facile à reconstituer et à administrer par rapport au cryoprécipité, lequel doit demeurer congelé jusqu’à son utilisation. Pour toutes ces raisons, le concentré de fibrinogène est de plus en plus utilisé au Canada pour traiter l’hypofibrinogénémie acquise.23,24 La production de cryoprécipité à partir du plasma d’un don de sang total réduit la possibilité de préparer des plaquettes, car celles-ci sont éliminées pendant le processus. Par conséquent, si l’on doit augmenter la production de plaquettes en cas de pénurie, il y aura moins de plasma pour la production de cryoprécipité et l’utilisation du fibrinogène comme solution de rechange pourrait être recommandée. Consulter le chapitre 5 du présent guide pour plus de renseignements.

Généralement, un taux plasmatique de fibrinogène inférieur à 1,0 g/l, que l’on peut observer dans les cas de CIVD ou de fibrinogénolyse, constitue un critère objectif d’instauration d’un traitement de remplacement du fibrinogène. Certaines populations ont un seuil supérieur (p. ex. un taux de fibrinogène < 2,0 g/l chez les patientes d’obstétrique ayant une hémorragie massive et un taux < 1,5 g/l chez d’autres patients qui ont une hémorragie massive ou qui ont une leucémie aiguë promyélocytaire).3,24-26

Le cryoprécipité a longtemps été employé à titre de concentré de facteur VIII dans le traitement de l’hémophilie et de la maladie de von Willebrand, mais il a aujourd’hui été remplacé par d’autres solutions thérapeutiques utilisant des concentrés de facteur de coagulation recombinants. Jusqu’à récemment, le cryoprécipité était généralement considéré comme l’un des composants indiqués pour le traitement des saignements causés par une hypofibrinogénémie congénitale ou acquise s’accompagnant d’un déficit en divers facteurs de coagulation (p. ex. CIVD, suites d’un traitement thrombolytique, transfusion massive ou maladie hépatique). Ce sont là des états complexes, et le remplacement du fibrinogène n’est souvent qu’un volet de la prise en charge clinique de ces patients. Une étude récente ayant confirmé l’efficacité des concentrés de fibrinogène dans le traitement de l’hypofibrinogénémie acquise, de nombreux hôpitaux ont commencé à les utiliser à la place du cryoprécipité.23

Contre-indications

En règle générale, on ne doit utiliser le cryoprécipité que si l’on dispose d’un rapport de laboratoire faisant état d’une concentration en fibrinogène égale ou inférieure à 1 g/l ou si l’on est dans un contexte d’hémorragie massive avec coagulopathie. Dans la mesure du possible, on optera pour des concentrés de facteurs spécifiques et/ou des concentrés recombinants, car ils présentent un moindre risque de transmission de maladies.

Par ailleurs, le cryoprécipité ne doit pas servir à la fabrication de colle de fibrine. Il convient d’utiliser des produits viro-inactivés conçus à cette fin qui sont offerts sur le marché.

L’emploi du cryoprécipité n’est pas recommandé pour le traitement de l’hémophilie A ni, dans la plupart des cas (voir ci-dessous), pour le traitement de la maladie de von Willebrand.

Les concentrés de fibrinogène peuvent être préférés pour le traitement de l’hypofibrinogénémie.

Posologie et mode d’administration

Le cryoprécipité isogroupe n’est pas nécessaire dans un contexte non pédiatrique. Son administration doit être envisagée en tenant compte de la politique de l’établissement concernant les receveurs pédiatriques. Le chapitre 9 et le chapitre 13 du présent guide contiennent des renseignements additionnels sur l’administration de sang et sur les pratiques transfusionnelles chez le nouveau-né et l’enfant.

Une unité de cryoprécipité contient environ 285 mg de fibrinogène. La gravité et la nature de l’hémorragie détermineront la quantité de cryoprécipité à transfuser.

La quantité de cryoprécipité à utiliser dans le but de relever le taux de fibrinogène dans le plasma peut être calculée (figure 4). Il est toutefois pratique courante d’utiliser une dose générique unique d’une à deux unités de cryoprécipité par tranche de 10 kg de poids corporel, suivie de doses additionnelles au besoin pour maintenir le taux de fibrinogène approprié dans le contexte clinique. De façon générale, on commande 10 unités de cryoprécipité pour un patient adulte de taille moyenne.

Étape 1 : Poids du patient (kg) x 70 ml/kg = volume sanguin (ml)
Étape 2 : Volume sanguin (ml) x (1 - hématocrite du patient) = volume plasmatique (ml)
Étape 3 : Taux de fibrinogène visé - taux de fibrinogène réel x volume plasmatique (ml) = quantité de fibrinogène nécessaire (mg)
Étape 4 : Quantité de fibrinogène nécessaire (mg) ÷ 285 mg par unité de cryoprécipité = unités de cryoprécipité nécessaires

Figure 4. Étapes à suivre pour calculer la quantité de cryoprécipité à utiliser afin de relever le taux de fibrinogène dans le plasma.

Les unités de cryoprécipité sont souvent mélangées par le personnel du service de médecine transfusionnelle de l’hôpital, mais elles peuvent également être transfusées de manière séquentielle. Lors de la préparation d’un mélange de cryoprécipité, on rince chaque sac à l’aide d’une petite quantité de solution isotonique de chlorure de sodium. Le mélange peut ne porter qu’un seul numéro, et le nombre d’unités qu’il contient sera indiqué sur l’étiquette. On doit consigner ce numéro et le nombre d’unités contenues dans le mélange. En l’absence d’un numéro d’identification du mélange, le numéro de chaque unité doit être inscrit dans le dossier médical du receveur. Si le cryoprécipité est mélangé, cela signifie que toutes les unités ont été ouvertes et qu’il faut les utiliser dans un délai de quatre heures.

Le cryoprécipité peut être administré à l’aide d’un dispositif de transfusion muni d’un filtre standard, ou sous forme de bolus intraveineux filtré, par du personnel expérimenté. Le débit de la transfusion doit être aussi rapide que peut le tolérer le patient ou correspondre à la prescription du médecin.

Entreposage et transport

Le cryoprécipité doit être entreposé à une température égale ou inférieure à -18 °C dans un congélateur à température contrôlée jusqu’à un maximum de 12 mois. Les unités ne doivent pas rester plus de 30 minutes à l’extérieur du congélateur à température contrôlée ni être congelées de nouveau. Si la transfusion n’est pas entreprise rapidement suivant le retrait de l’unité du dispositif d’entreposage à température contrôlée, on doit retourner celle-ci sans délai à son lieu d’entreposage pour éviter le gaspillage (consulter la norme 5.8.7.1 de la Société canadienne de médecine transfusionnelle).3 Une fois dégelée, l’unité de cryoprécipité doit être conservée à une température entre 20 et 24 °C, et transfusée dans un délai de quatre heures.

On peut trouver d’autres renseignements sur le cryoprécipité dans la Circulaire d’information sur l’utilisation des composants sanguins humains – composants plasmatiques.

Solutions de remplacement

Le cryoprécipité est utilisé d’abord et avant tout pour suppléer un déficit en fibrinogène, ou à titre empirique, en cas de manifestations hémorragiques ou d’un nouveau saignement microvasculaire.

Consulter le chapitre 5 du présent guide pour obtenir des renseignements additionnels sur les concentrés de facteurs de coagulation offerts au Canada et sur leur utilisation. Des concentrés de fibrinogène sont disponibles; ils peuvent être utilisés au lieu du cryoprécipité pour le remplacement du fibrinogène. Le chapitre 17 du Guide contient de l’information sur le traitement des troubles de l’hémostase, dont l’hémophilie et la maladie de von Willebrand. Le cryoprécipité renferme de la fibrinonectine, un élément récemment identifié et utilisé pour améliorer la fonction réticulo-endothéliale chez les patients dans un état critique qui souffrent de septicémie. Il n’existe toutefois pas suffisamment de données pour recommander son emploi dans cette indication.

Autres ressources

Préparation de produits sanguins à partir de sang total. Téléchargez cette affiche qui donne un aperçu de la fabrication des composants à partir de sang total utilisant la méthode d’extraction de la couche leucoplaquettaire (B1) et la méthode de filtration du sang total (B2).

Crédits De Développement Professionnel Continu

Les Associés et les professionnels de la santé qui participent au programme de Maintien du certificat du Collège royal du Canada peuvent obtenir des crédits pour la lecture du Guide de la pratique transfusionnelle. Considérée comme une activité de développement professionnel continu en vertu de la section 2 (Activités d’autoapprentissage) du programme, la lecture d’un chapitre donne droit à deux crédits.

Citation

Gupta A, Bigham M., « Chapitre 2 : Composants sanguins » dans Clarke G, Chargé S (dir). Guide de la pratique transfusionnelle, Ottawa, Société canadienne du sang. 2021 [cité le AAAA MM JJ]. Disponible à : developpementprofessionnel.sang.ca

Remerciements

Les auteurs remercient la Dre Gwen Clarke qui a rédigé la version précédente de ce chapitre, ainsi que le Dr Robert Skeate, FRCPC, et la Dre Michelle Zeller, FRCPC, qui en ont révisé la version actuelle.

Si vous avez des questions ou des suggestions d’amélioration concernant le Guide de la pratique transfusionnelle, n’hésitez pas à communiquer avec nous par l’entremise de notre page Questions et commentaires.

Références

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