Cryoprécipité AB – utilisation en milieu hospitalier

Auteur : Rob Romans
Publié en mars 2019

 
Principaux destinataires de cette ressource : technologues de laboratoire médical travaillant en milieu hospitalier, professionnels amenés à prescrire du cryoprécipité

Quel est le défi?

  • Population générale : environ 3 % des Canadiens sont du groupe AB.
  • Donneurs de sang total de la Société canadienne du sang : environ 4 % de nos donneurs sont du groupe AB.
  • Besoins des hôpitaux : 13,4 % des unités de plasma distribuées aux hôpitaux par la Société canadienne du sang sont du groupe AB (2016-2017).
  • Production : on ne peut produire que du culot globulaire à partir des dons de sang qui servent à préparer du cryoprécipité. Il est donc impossible de produire du plasma et des plaquettes à partir de ces dons.

Compte tenu des chiffres présentés ci-dessus et du processus de production, la gestion des réserves de plasma AB destiné à la transfusion et des réserves de cryoprécipité AB n’est pas facile. En effet, la demande en plasma AB ne cesse d’augmenter dépassant même parfois l’offre et les donneurs du groupe AB, donneurs universels de plasma, sont constamment sollicités pour leur plasma. Toutefois, le culot globulaire AB n’étant pas en forte demande, les besoins en sang total AB pour produire du plasma et du cryoprécipité doivent être contrebalancés par la nécessité de réduire le nombre d’unités de culot globulaire jetées et périmées.

Une utilisation optimisée du cryoprécipité AB par les hôpitaux faciliterait la gestion des réserves de plasma AB destiné à la transfusion. Pour mieux comprendre les politiques et les pratiques d’utilisation du cryoprécipité, en particulier du cryoprécipité AB, nous avons mené un court sondage en avril 2017. Ce sondage a été réalisé auprès des 100 hôpitaux qui commandent le plus de cryoprécipité. Comme certains de ces hôpitaux font partie d’une même association hospitalière ou régie de santé et ont des politiques communes, nous avions prévu recevoir 77 réponses. Ce sont en tout 74 hôpitaux qui ont répondu au sondage, soit un fort taux de réponse de 96 %. Nous remercions tous les établissements qui y ont participé et avons le plaisir de vous présenter les résultats du sondage ci-dessous. Nous espérons que tous les hôpitaux s’en inspireront, en particulier ceux qui ont comme politique d’utiliser uniquement du cryoprécipité AB.

Introduction

À part les deux normes citées ci-après, on trouve peu de documents encadrant l’utilisation du cryoprécipité des groupes ABO. La norme Z902-15, Sang et produits sanguins labiles, de l’Association canadienne de normalisation stipule qu’« il doit y avoir une politique sur la compatibilité ABO des cryoprécipités » (article 10.7.6). La 4e édition des Normes pour services transfusionnels en milieu hospitalier, publiée en avril 2017 – peu de temps avant notre sondage – par la Société canadienne de médecine transfusionnelle, indique quant à elle que « les receveurs d’âge adulte peuvent être transfusés avec des cryoprécipités de n’importe quel groupe ABO10.7.6 » (article 5.4.3.2). Par ailleurs, à la même période, la Société canadienne du sang publiait la lettre aux clients 2017-14 dans le but d’informer les hôpitaux de changements apportés à la production du cryoprécipité AB, ainsi que la lettre aux clients 2017-18 qui contenait les résultats du sondage sur le cryoprécipité AB. Enfin, en août 2018, la Société canadienne du sang a mis à jour la circulaire d’information Utilisation de composants sanguins humains – composants plasmatiques afin d’indiquer que « pour le cryoprécipité, on peut transfuser n’importe quel groupe ABO, sauf aux nouveau-nés et aux mineurs, à qui l’on doit transfuser un produit compatible avec leur groupe sanguin lorsque cela est possible ou selon la politique de l’établissement ».

Qu’avons-nous appris du sondage 2017 envoyé aux hôpitaux?

  • Il est possible d’améliorer la gestion des réserves du plasma AB destiné à la transfusion en changeant les politiques et les pratiques hospitalières.
  • La majorité des hôpitaux sondés utilisent du cryoprécipité de n’importe quel groupe, que le groupe du patient soit connu (86 %) ou inconnu (57 %). Le plus grand hôpital pédiatrique du Canada ainsi qu’un grand hôpital de Toronto offrant des soins néonataux de niveau 3 font partie des établissements qui suivent cette pratique.
  • Le concentré de fibrinogène est utilisé comme source de fibrinogène par 67 % des hôpitaux, qui en gardent en réserve pour une ou plusieurs des indications suivantes : hypofibrinogénémie congénitale, hémorragies importantes associées aux pontages cardiopulmonaires, traumatologie, hémorragies obstétriques et autres hémorragies importantes.

Réponses au sondage

Patient au groupe sanguin inconnu

Dans le cas où le groupe sanguin du patient est inconnu (victime d’accident ou patient soumis au protocole de transfusion massive), la majorité des hôpitaux (57 %, n = 42) a déclaré préparer et délivrer du cryoprécipité de n’importe quel groupe, d’autres du cryoprécipité AB exclusivement (13 %, n = 10) ou du cryoprécipité AB uniquement s’il s’agissait de nouveau-nés (12 %, n = 9). Enfin, certains ont répondu « Autre » (18 %, n = 13), dont 9 ayant précisé ne pas garder de cryoprécipité AB en réserve.

À la suite de cette question, nous avons demandé aux 10 hôpitaux qui utilisent exclusivement du cryoprécipité AB d’en fournir la raison. Sur ces 10 hôpitaux, 4 ont indiqué qu’il s’agissait d’une politique de longue date; 3 ont répondu qu’ils utilisaient du cryoprécipité d’un autre groupe en l’absence de cryoprécipité AB; 1 hôpital a indiqué qu’il utilisait du concentré de fibrinogène; un autre, que sa politique était basée sur la circulaire d’information Utilisation de composants sanguins humains – composants plasmatiques – qui, comme nous l’avons mentionné plus haut, a depuis été mise à jour; et enfin un autre hôpital a répondu que sa politique était de fournir aux patients les meilleurs produits adaptés à leur cas.

Patient au groupe sanguin connu

Dans le cas où le groupe sanguin du patient est connu, la majorité des hôpitaux a répondu être prête à utiliser du cryoprécipité de n’importe quel groupe (n = 64), tandis que 10 hôpitaux ont déclaré ne pas vouloir le faire.

À la suite de cette question, nous avons demandé aux 10 hôpitaux qui ne veulent pas utiliser du cryoprécipité de n’importe quel groupe d’en fournir la raison. Sur ces 10 hôpitaux, 2 ont indiqué qu’il s’agissait d’une politique de longue date; 2 autres ont expliqué qu’il faudrait l’approbation du médecin traitant; 1 a répondu qu’il utilisait uniquement du cryoprécipité du même groupe que le patient; 1 a indiqué qu’il gardait en réserve du cryoprécipité de tous les groupes et qu’il utilisait du cryoprécipité du même groupe que le patient; 1 a répondu qu’il est préférable d’utiliser du cryoprécipité du même groupe que le patient ou d’un groupe compatible; et 1 a dit que le cryoprécipité du groupe A était sa solution de remplacement privilégiée.

Solution de remplacement privilégiée en cas d’incapacité de la Société canadienne du sang à fournir du cryoprécipité AB

En cas d’incapacité de la Société canadienne du sang à fournir du cryoprécipité AB, la majorité des hôpitaux (n = 54) a indiqué qu’elle utiliserait du cryoprécipité d’un autre groupe ABO; 3 ont répondu qu’ils utiliseraient du concentré de fibrinogène; et 17 ont répondu « Autre », parmi lesquels 13 ont précisé qu’ils ne gardaient pas de cryoprécipité AB en réserve; 3 ont expliqué que la décision reviendrait au médecin traitant; et 1 a répondu qu’il attendrait que du cryoprécipité AB puisse lui être livré.

Commande de concentré de fibrinogène

Lorsque nous leur avons demandé s’ils commandaient du RiaSTAP (concentré de fibrinogène) à la Société canadienne du sang, la majorité des hôpitaux (54 %) a répondu par l’affirmative.

Types de patients traités avec du concentré de fibrinogène

Lorsque nous leur avons demandé d’indiquer les types de maladies traitées à l’aide de RiaSTAP provenant de la Société canadienne du sang :

  • 9 (23 %) l’utilisent exclusivement pour traiter l’hypofibrinogénémie congénitale
  • 27 (67 %) l’utilisent dans les cas suivants : hypofibrinogénémie congénitale, pontage cardiopulmonaire, traumatologie, hémorragies obstétriques et autres hémorragies importantes
  • 1 (2,5 %) en a utilisé pour traiter un syndrome du choc toxique
  • 1 (2,5 %) en a utilisé à la demande du médecin traitant  
  • 1 (2,5 %) en garde en réserve, mais n’en a pas encore utilisé